La dignité dans l’étable : un pilier de l’élevage suisse

La dignité dans l’étable : un pilier de l’élevage suisse

Dans les paysages de nos campagnes et de nos alpages, les animaux de rente sont bien plus qu’une source de production. Ils incarnent un lien profond avec notre territoire et sont les premiers concernés par un engagement sociétal fort : garantir leur bien-être. La Suisse s’est dotée d’une législation stricte en la matière, souvent citée comme un modèle, qui place la dignité de l’animal au cœur de ses préoccupations 1 2.

Cet article explore les fondements et les évolutions récentes de la protection des animaux de rente en Suisse. Vous découvrirez comment la loi encadre concrètement leur vie, des pâturages aux étables, quelles sont les nouvelles règles entrées en vigueur en 2025, et quels défis pratiques se posent aujourd’hui pour les éleveurs, entre exigences élevées et réalité économique.

1. Le cadre légal : une protection ancrée dans la loi

La protection des animaux en Suisse repose sur deux piliers législatifs principaux. La Loi sur la protection des animaux (LPA) et son Ordonnance d’application (OPAn) définissent les principes fondamentaux et les exigences détaillées pour une détention adaptée à l’espèce 3 1 . Un principe guide l’ensemble : nul ne doit causer de douleurs, de maux, de dommages ou de peur à un animal, ni porter atteinte à sa dignité de manière injustifiée 1.

Le champ d’application est large. L’OPAn stipule notamment que les systèmes de stabulation et les équipements pour le bétail ne peuvent être mis sur le marché qu’avec l’ approbation de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) 1 . De plus, les espèces sociales, comme les bovins ou les porcs, ne doivent pas être détenues individuellement 1 . Le non-respect de ces règles peut avoir de graves conséquences : en cas d’infraction grave, un contrevenant peut se voir interdire de détenir, de commercialiser ou de transporter des animaux 1.

2. Les pratiques d'élevage sous le regard de la loi

La loi se traduit par des exigences très concrètes dans le quotidien des éleveurs. L’inspection régulière des exploitations permet de vérifier le respect de ces normes 1.

2.1. Conditions de vie et soins
Plusieurs règles fondamentales structurent l’environnement des animaux :

  • Espace et lumière : Les animaux ne doivent pas être attachés en permanence et leurs locaux doivent être éclairés par la lumière du jour 1.

  • Accès à l’extérieur : La législation prévoit généralement l’obligation de sorties régulières en plein air ou en prairie.

  • Soins et compétence : Le détenteur est responsable de la santé de ses animaux. Pour certaines activités commerciales ou types d’élevage, une formation reconnue par l’OSAV est obligatoire 3 1 . Des guides pratiques, comme ceux édités par Agroscope pour les chèvres, aident les éleveurs à appliquer correctement les règles 3.

2.2. Transport et mise à mort
Le transport des animaux est strictement réglementé pour minimiser le stress. Les animaux doivent être transportés avec soin, disposer de suffisamment d’espace et être protégés des extrêmes climatiques. Le personnel effectuant des transports commerciaux doit suivre des formations continues 1.
Les méthodes de mise à mort, à l’abattoir ou dans l’exploitation, doivent provoquer une inconscience immédiate et certaine jusqu’au décès. Ces actes doivent être réalisés par des personnes compétentes et formées 1.

3. Les évolutions récentes et les défis actuels

Le paysage de l’élevage et sa réglementation sont en constante évolution, marqués par des changements structurels et des adaptations légales.

3.1. Une tendance : moins d'exploitations, plus de concentration
Les chiffres de 2024 montrent une consolidation du secteur. La Suisse compte désormais 39 572 exploitations détenant du bétail et 14 437 élevages de volaille 4 . Bien que leur nombre diminue depuis des années, la taille des exploitations restantes tend à augmenter. Par exemple, le nombre d’exploitations avicoles a chuté de 26.4% depuis le début des années 2000, mais le cheptel de volailles a augmenté de 89.5% sur la même période 4 . Le cheptel total reste stable, comptant environ 16.5 millions d’animaux en 2024 4.

3.2. Nouvelles règles entrées en vigueur en 2025
Le 1er février 2025, des modifications de l’Ordonnance sur la protection des animaux sont entrées en vigueur, apportant plusieurs avancées 5 6 :

  • Fin de l'élimination des poussins mâles : Un nouveau cadre permet à la filière avicole de mettre fin au broyage des poussins mâles, grâce à des techniques de détermination précoce du sexe dans l'œuf 5.

  • Interdiction de la caudectomie des agneaux : La coupe de la queue des agneaux est désormais explicitement interdite, alignant la pratique sur celle pour les autres espèces 6.

  • Interdiction de l'étourdissement électrique des lapins : Cette méthode est désormais prohibée 6.

  • Règles sur l'expérimentation animale : Les élevages d’animaux de laboratoire ne peuvent plus produire que le nombre d’animaux strictement nécessaire aux expériences autorisées 6.

3.3. Défis et critiques
Malgré ce cadre exigeant, des critiques persistent. Des organisations de protection animale estiment que la révision de 2025 n’a pas suffisamment abordé des questions majeures comme l’ amélioration de la liberté de mouvement , la garantie des contacts sociaux ou l’instauration de mesures de protection contre l’incendie obligatoires dans les bâtiments d’élevage 6.
Par ailleurs, les éleveurs doivent composer avec des défis économiques et sanitaires, comme l’impact de la maladie de la langue bleue sur les naissances chez les ruminants ou les difficultés de commercialisation de produits comme la laine suisse 4 2.

Conclusion

La protection des animaux de rente en Suisse s’appuie sur un cadre légal ambitieux , régulièrement actualisé, comme en témoignent les nouvelles règles de 2025. Elle cherche à concilier le respect de la dignité animale avec les réalités de la production agricole. Si des progrès notables ont été réalisés, le débat reste vif sur la manière d’aller plus loin. L’équilibre entre des exigences éthiques croissantes, la santé des troupeaux et la viabilité économique des exploitations constituera le principal chantier des années à venir, invitant chaque consommateur à s’interroger sur la valeur qu’il accorde à ces principes.

Références

  1. https://www.blv.admin.ch/blv/en/home/tiere/tierschutz.html
  2. https://www.sbv-usp.ch/fr/ettiquettes/animaux-de-rente
  3. https://www.blv.admin.ch/blv/fr/home/tiere/tierschutz/nutztierhaltung/ziegen.html
  4. https://www.agrarbericht.ch/fr/production/production-animale/eleveurs-danimaux-de-rente-et-cheptels
  5. https://ethics-compliance.ch/new-animal-welfare-requirements-for-better-animal-well-being/
  6. https://leoh.ch/announcement/view/181