Imaginez cette scène, de plus en plus courante dans certains bureaux suisses : entre deux réunions, un employé fait une pause pour une courte promenade avec son chien, tandis qu’un collègue profite d’un moment de détente en caressant l’animal. Cette image idyllique est pourtant loin de faire l’unanimité. En Suisse, où près d’un foyer sur deux possède un animal de compagnie, la question de sa présence au travail anime les discussions 1.
Si la pandémie a renforcé le lien avec nos compagnons à quatre pattes, le retour au bureau a ramené une question pratique : peut-on les y emmener 2 ? Pour certains, c’est une évidence bénéfique au bien-être. Pour d’autres, une source potentielle de distraction, d’allergies ou de conflits.
Cet article explore les réalités de cette tendance en Suisse. Nous décrypterons le cadre légal, souvent méconnu, analyserons les chiffres clés des dernières enquêtes, et passerons en revue les avantages documentés comme les défis incontournables. Enfin, nous vous donnerons des clés concrètes, pour les employeurs comme pour les salariés, afin d’envisager sereinement une cohabitation homme-animal au bureau.
Le Cadre Légal Suisse : Une Absence de Règlement Spécifique
Contrairement à d’autres domaines très réglementés, la présence d’animaux sur le lieu de travail en Suisse n’est ni explicitement autorisée ni interdite par une loi fédérale 3 4 5. Cette décision relève donc principalement de la politique interne de chaque entreprise et de la volonté de l’employeur 3 2.
Les principes généraux de la protection animale s’appliquent
L’employeur et le propriétaire de l’animal doivent toutefois respecter les principes fondamentaux de la Loi fédérale sur la protection des animaux (LPA). Celle-ci stipule que personne ne doit causer de manière injustifiée à un animal des douleurs, des maux, des dommages ou de l’anxiété, ni porter atteinte à sa dignité 6. Amener un chien stressé par un environnement de bureau bruyant et confiné pourrait contrevenir à ces principes.
La responsabilité civile et la sécurité au premier plan
En l’absence de règle précise, la responsabilité en cas de dommage est un point crucial. En principe, le détenteur de l’animal est responsable des dommages causés par ce dernier 4. Certaines entreprises exigent d’ailleurs une preuve d’assurance responsabilité civile canine 4. L’employeur, de son côté, a une obligation générale de protéger la santé et la sécurité de tous ses collaborateurs 4. Il doit donc s’assurer que la présence d’un animal ne constitue pas un risque (allergies, phobies, chutes, etc.).
Chiens au Bureau : Une Pratique Appréciée Mais Divisée
Les avis sur la question sont tranchés et révèlent un clivage générationnel certain. Une enquête menée par Angestellte Schweiz auprès de ses membres montre que plus de la moitié (53%) des répondants sont contre la présence d’animaux au bureau 7. Cette opposition augmente avec l’âge : les moins de 34 ans y sont majoritairement favorables, tandis que les 55 ans et plus y sont majoritairement opposés 7.
Une expérience globalement positive pour ceux qui l’ont vécue
Pourtant, parmi les personnes ayant déjà partagé leur bureau avec un animal, l’expérience est souvent décrite comme positive. Dans la même enquête, 39% des répondants ayant cette expérience l’ont jugée « très positive » 7. Les chiens sont de loin les « collègues » animaux les plus courants, cités dans 85% des cas 7. Logiquement, les propriétaires d’animaux sont les plus enthousiastes : 67% d’entre eux se prononcent en faveur de cette pratique 7.
Un critère d’attractivité en hausse
Au-delà des opinions, la présence animale devient même un argument de recrutement. Une statistique frappante révèle que pour les chercheurs d’emploi en Suisse, la possibilité d’emmener son chien au bureau est le 2ème critère le plus important sur 15, juste avant la possibilité de télétravailler 8. Cette donnée illustre l’importance grandissante du sujet dans l’équilibre vie professionnelle-vie personnelle.
Avantages et Inconvénients : Le Bilan Équilibré d’une Cohabitation
Comme toute politique d’entreprise, autoriser les animaux comporte des bénéfices documentés mais aussi des défis à anticiper.
Les Bénéfices Pour les Humains et les Entreprises
Réduction du stress et amélioration du bien-être : Des études scientifiques indiquent que la présence d’un chien peut faire baisser le taux de cortisol (hormone du stress) et augmenter celui d’ocytocine (hormone du bien-être) chez les employés 4. Cela contribue à une atmosphère de travail plus détendue 3 9.
Catalyseur social et cohésion d’équipe : Les animaux brisent la glace et facilitent les interactions entre collègues, renforçant les liens et la communication 3 4.
Amélioration de la santé physique : Les pauses promenades obligatoires encouragent l’activité physique, bénéfique pour la santé cardiovasculaire et la prévention des troubles musculo-squelettiques 4.
Gain d’attractivité et de fidélisation : Une entreprise « pet-friendly » est perçue comme moderne et soucieuse du bien-être de ses employés, un atout pour attirer et retenir les talents 4 2.
Les Défis et Points de Vigilance
Santé et sécurité des collaborateurs : Les allergies aux poils d’animaux et les phobies (cynophobie) sont les préoccupations majeures 7 1 4. Il est essentiel de protéger les collaborateurs concernés sans les obliger à se dévoiler 1.
Hygiène et perturbations : Les aboiements, les accidents, les poils ou les odeurs peuvent perturber l’environnement de travail et nuire à la concentration 7 4.
Bien-être de l’animal lui-même : Un bureau n’est pas un environnement adapté à tous les chiens. L’animal doit pouvoir y être calme, bien éduqué et ne pas y subir de stress 3 2.
Responsabilité et assurance : Comme évoqué, la question de la responsabilité en cas de morsure, de dégradation ou d’accident doit être clarifiée 4.
Comment Mettre en Place une Politique « Pet-Friendly » Équilibrée ?
Pour qu’une cohabitation se passe bien, une préparation minutieuse est indispensable. Des acteurs comme Purina, qui promeut le programme « Pets at Work », ou l’organisation QUATRE PATTES partagent leur expertise 8 9 2.
Obtenir l’adhésion et établir un cadre clair : La direction doit donner son accord, mais l’adhésion de l’ensemble des employés est tout aussi cruciale 8. Il est conseillé de nommer un responsable du projet, de définir quels animaux sont autorisés, et d’établir un règlement interne 8.
Aménager l’espace et prévoir des zones : Une solution gagnante, adoptée par certaines entreprises, est de créer un espace de travail dédié aux collaborateurs venant avec leur chien, clairement signalé 1. Cela permet à ceux qui le souhaitent d’en profiter, et aux autres de l’éviter sereinement. Il faut aussi identifier les zones interdites (cuisine, salles de réunion, etc.) 8.
Préparer l’animal et son maître : L’animal doit être en bonne santé, propre, bien éduqué et sociable. Une « période d’essai » un jour calme (voire un week-end) est recommandée pour l’habituer 8 2. Le propriétaire doit prévoir un panier, des jouets silencieux, des gamelles et assurer des sorties régulières 3 2.
Instaurer des règles de savoir-vivre : Des consignes simples doivent être respectées : tenir son chien en laisse dans les zones communes, nettoyer immédiatement tout accident, ne pas laisser l’animal errer librement ou déranger les collègues durant leurs pauses 3 8.
Conclusion
Amener son animal au bureau en Suisse est donc une question qui se négocie davantage au cas par cas dans l’entreprise que dans les textes de loi. Si la pratique séduit particulièrement les jeunes générations et peut apporter des bénéfices réels en termes de bien-être et de climat social, elle n’est pas sans défis.
La clé du succès réside dans une approche structurée, inclusive et respectueuse de tous : collègues allergiques ou phobiques, propriétaires responsables, et bien sûr, les animaux eux-mêmes, dont le bien-être doit rester la priorité absolue. Avant d’envisager de faire de Médor un « salarié », il faut s’assurer que l’environnement de travail lui convient vraiment 2. Une politique « pet-friendly » réussie est avant tout une politique « people-friendly », qui sait concilier les besoins variés de ses collaborateurs, qu’ils aient deux ou quatre pattes.
Références
- https://www.letemps.ch/opinions/chroniques/quelle-place-en-entreprise-pour-les-animaux?srsltid=AfmBOor1KJtF3WuXJHEdrwQZVG_iq2F5XCpF4LywQIs7elhJtmMjo6_-
- https://www.quatre-pattes.ch/nos-recits/guide-conseils/chiens-sur-le-lieu-de-travail
- https://employes.ch/amener-son-chien-au-bureau-la-nouvelle-tendance-bien-etre
- https://sustainableswitzerland.ch/fr/articles/les-chiens-au-travail-ca-va-encore-id.3334
- https://www.bilan.ch/story/animaux-au-bureau-metro-boulot-dodo-pour-les-chiens-567837177244
- https://www.blv.admin.ch/blv/fr/home/tiere/tierschutz/heim-und-wildtierhaltung.html
- https://employes.ch/des-animaux-de-compagnie-au-bureau
- https://www.purina.ch/fr/petsatwork-ch
- https://www.purina.ch/fr/notre-contribution/pets-at-work
