Enfants et animaux en Suisse : Cultiver le respect dès le plus jeune âge

Enfants et animaux en Suisse : Cultiver le respect dès le plus jeune âge

En Suisse, la relation entre les humains et les animaux est au cœur de préoccupations à la fois éthiques, éducatives et législatives. Les enfants, naturellement attirés par les animaux, développent très tôt un lien avec eux, que ce soit à travers un animal de compagnie, une visite à la ferme ou une observation en forêt. Ces interactions sont fondamentales : elles peuvent enseigner l’empathie, la responsabilité et le respect du vivant. Dans un pays où la protection animale est ancrée dans la loi, accompagner les jeunes générations dans cette découverte est une priorité.

Aujourd’hui, cette mission éducative s’inscrit dans un cadre renouvelé. Le 1er février 2025, de nouvelles règles de protection animale sont entrées en vigueur en Suisse, renforçant encore le bien-être des animaux 1 2. Parallèlement, des initiatives pédagogiques innovantes, comme le premier jardin d’enfants intégré à un zoo, montrent la voie d’un apprentissage par l’immersion et le respect 3.

Cet article explore comment les familles et les éducateurs peuvent guider les enfants dans leurs relations avec les animaux, en alliant sécurité affective, respect des besoins de l’animal et conformité aux normes suisses, parmi les plus strictes au monde.

Le cadre légal suisse : une base pour le respect

En Suisse, la relation avec l’animal est encadrée par la Loi sur la protection des animaux (LPA) et son ordonnance (OPAn). Le principe est clair : il est interdit de causer injustement des douleurs, des maux, des dommages ou de l’anxiété à un animal, et de porter atteinte à sa dignité 4. Cette « dignité de l’animal » est un concept fort qui implique de respecter les besoins propres à chaque espèce et d’éviter toute forme d’humanisation ou de transformation par l’élevage 4.

Pour les enfants, comprendre cela commence par des concepts simples : un animal n’est pas un jouet. Il a ses propres rythmes, ses peurs et ses besoins de repos. La réglementation précise par exemple qu’il est interdit d’installer, en marge de manifestations, des enclos avec des lapins ou des poussins destinés à être caressés par le public 4. Cette règle, qui peut sembler surprenante, protège en réalité les animaux d’un stress intense et sert de leçon : le bien-être de l’animal prime sur notre simple envie de contact.

Les récentes modifications légales vont également dans le sens d’une plus grande responsabilisation. Ainsi, depuis février 2025, l’importation à titre professionnel de chiots âgés de moins de 15 semaines est interdite 1 2. Cette mesure cruciale vise à lutter contre le commerce impulsif et les élevages peu scrupuleux, où les chiots sont séparés trop tôt de leur mère, affectant leur santé et leur développement comportemental 5. Pour un particulier, acquérir un chiot implique donc de se renseigner sur son origine et de s’assurer qu’il a eu un bon départ dans la vie. C’est une formidable occasion d’éduquer les enfants sur les responsabilités et les engagements à long terme que représente l’accueil d’un animal.

Apprendre par l’exemple et le quotidien

L’éducation au respect animal commence à la maison. Elle passe par la modélisation des bons gestes par les adultes et par des explications adaptées à l’âge de l’enfant.

Sécurité et observation : La première règle est de superviser toutes les interactions entre un jeune enfant et un animal, même familier. Il faut apprendre à l’enfant à approcher un animal calmement, à éviter les gestes brusques et à respecter ses signaux (un animal qui se retire, grogne ou montre des signes de stress doit être laissé tranquille). On apprend à caresser doucement, et jamais pendant qu’un animal mange ou dort.

Responsabilité progressive : Selon son âge, un enfant peut participer aux soins. Donner une poignée de granulés, remplir la gamelle d’eau, ou brosser doucement le chat sous la supervision d’un adulte sont des tâches qui instillent un sens des responsabilités. Il est essentiel de lui expliquer pourquoi on fait cela : « Le chien a besoin de boire pour être en bonne santé », « Le lapin a besoin de foin pour que ses dents ne poussent pas trop ».

Langage et émotions : Parler des émotions de l’animal aide l’enfant à développer son empathie. « Regarde, le chien remue la queue, il est content de te voir » ou « La chatte s’est cachée sous le lit, le bruit de l’aspirateur lui a fait peur ». Cela permet à l’enfant de se décentrer et de considérer l’animal comme un être sensible.

L’école et les institutions : des partenaires clés

L’école joue un rôle fondamental pour structurer cet apprentissage et offrir des expériences concrètes. Le dossier thématique « Animal » d’Éducation21, conçu pour l’éducation en vue d’un développement durable, souligne à quel point ce sujet est riche 6. Il encourage les élèves à penser en systèmes, à changer de perspective et à questionner les relations souvent ambivalentes que nous entretenons avec les animaux – tour à tour compagnons, producteurs de nourriture ou symboles 6.

Des activités pédagogiques externes sont largement proposées. L’« École à la ferme » permet une immersion pour comprendre l’origine des aliments et le travail des agriculteurs dans le respect des animaux 6. Des associations comme Pro Natura organisent des excursions pour découvrir la biodiversité locale, par exemple « Sur les traces du castor » ou pour apprendre à connaître les grands prédateurs comme le loup, en dépassant les préjugés 6.

Une initiative particulièrement inspirante est menée depuis deux ans au Parc animalier de Goldau, où un jardin d’enfants public a été implanté 3. Les enfants y font classe en pleine nature, au rythme des saisons et à proximité des enclos. « Les enfants deviennent de petits chercheurs et développent un lien profond avec la nature », explique un directeur d’école 3. Les animaux ne sont pas forcément le centre de chaque leçon, mais ils sont intégrés naturellement aux apprentissages, que ce soit pour compter avec des pommes de pin ou observer le comportement des jeunes au printemps 3. Cette expérience, évaluée positivement, montre comment un contact régulier et respectueux peut ancrer durablement un sentiment de connexion et de responsabilité envers le vivant.

Au-delà du contact direct : une vision systémique

Eduquer au respect animal, c’est aussi aborder des questions plus larges sur notre mode de vie. Les nouvelles obligations de déclaration en vigueur depuis juillet 2025 sont un outil pédagogique puissant 7 8. Elles exigent que les produits alimentaires ou textiles (comme la fourrure) importés et obtenus par des méthodes interdites en Suisse (castration sans anesthésie, gavage pour le foie gras, etc.) portent une mention explicite 7 8. Avec des mots simples, on peut expliquer à un enfant que choisir un produit, c’est aussi choisir comment les animaux ont été traités.

Cela rejoint la perspective de l’éducation au développement durable, qui invite à considérer les interdépendances écologiques, économiques et sociales 6. Un animal de rente dans une prairie, un insecte pollinisateur dans le jardin, un chien de famille : chacun a un rôle et mérite notre considération. Apprendre aux enfants à voir ces liens, c’est former des citoyens conscients et responsables.

Conclusion

En Suisse, éduquer un enfant au respect des animaux, c’est lui donner des clés pour naviguer dans un cadre légal exigeant et éthiquement avancé. C’est un apprentissage qui se fait pas à pas : par la sécurité et l’observation à la maison, par des expériences structurées à l’école ou en immersion dans la nature, et par une réflexion plus large sur nos choix de consommation.

Les nouvelles réglementations de 2025, tout comme les initiatives pédagogiques innovantes, nous rappellent que cette mission est collective et toujours en évolution. Peut-être la leçon la plus durable que nous puissions offrir à un enfant est-elle finalement celle-ci : respecter l’animal, dans sa différence et sa dignité, est une des formes les plus pures du respect de la vie elle-même. Et cela commence par un geste simple : observer, comprendre, et prendre soin.

Références

  1. https://www.sepos.admin.ch/fr/nsb?id=103683
  2. https://leoh.ch/announcement/view/181
  3. https://www.rts.ch/info/regions/autres-cantons/2025/article/jardin-d-enfants-au-zoo-de-goldau-un-succes-pedagogique-innovant-28936042.html
  4. https://www.blv.admin.ch/blv/fr/home/tiere/tierschutz/heim-und-wildtierhaltung.html
  5. https://svpa.ch/nouvelles-regles-pour-limportation-de-chiots-en-suisse/
  6. https://education21.ch/fr/dossiers-thematiques/animal
  7. https://www.petitspaysans.ch/nouvelle-obligation-de-declaration-pour-promouvoir-le-bien-etre-animal/
  8. https://www.30millionsdamis.fr/actualites/article/26170-la-suisse-a-lavant-garde-de-la-protection-animale/